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La captologie ou technologie persuasive : pour le meilleur ou pour le pire

L’utilisation des réseaux sociaux ou les simples visites de sites web impactent sur notre vie privée à notre insu par le biais d’une science étudiée à l’université de Stanford : la Captologie.

Une science née à l’université de Stanford, dans la Silicon Valley

À la fin des années 90, B.J Fogg, professeur et chercheur en sciences sociales à l’université de Stanford, a fondé et dirigé le laboratoire de recherche « Persuasive Technology Lab », créant ainsi le concept de la technologie persuasive ou captologie. C’est une technologie conçue pour changer les attitudes ou comportements des utilisateurs, par la persuasion ou l’influence sociale, et parfois même la coercition (le fait de forcer une partie à agir de manière involontaire par la menace ou par la force).

Peu à peu, la dimension de l’éthique a posé question et les travaux de recherche l’ont intégrée au projet : comment utiliser la technologie persuasive à des fins éthiques? Seulement, là encore, même si cela part d’une attention qui se veut bienveillante (ou en tout cas dans un but bienfaiteur, ex: améliorer son hygiène de vie), les limites mêmes de l’éthique sont à définir. En 2006 déjà, le Professeur Fogg alertait sur les potentielles « dérives » d’une telle technologie, pouvant être utilisée à des fins polititques par la puissance de sa capacité à influencer toute une société.

addiction réseaux sociaux

Capter l’attention des utilisateurs à des fins commerciales ou politiques

Un des élèves du Professeur Fogg, Tristan Harris , ex-ingénieur Google, dénonce les usages qu’en font ses anciens employeurs ainsi que la plupart des grands groupes de la Silicon Valley. En mai 2018, Tristan Harris est interviewé par le journal Le Figaro, dans lequel il témoigne du pouvoir des technologies dans la vie privée de ses utilisateurs, et propose une nouvelle direction des politiques commerciales du numérique, selon un article paru dans Le Monde en avril 2019. En effet, l’expérience digitale de chacun (de l’utilisation des réseaux sociaux à la simple visite d’un site web) fait l’objet de toute une économie basée sur la récolte de données, utilisées ensuite pour influencer le comportement de l’utilisateur, et en particulier son « engagement » : autrement dit « l’addiction » à tel ou tel programme, jeu ou application.

Derrière ses termes techniques de marketing se cachent en fait une véritable volonté de « capter » les utilisateurs à des fins commerciales et parfois même, politiques. Tristan Harris souligne que « tout le monde, sans exception, est influencé par des ressorts qu’il ne voit pas. Exactement comme dans un tour de magie », en rappelant la manie que nous avons de vérifier sur notre téléphone les notifications ou de simplement scroller pour y voir la nouveauté suggérée (nous consultons en moyenne notre téléphone 150 fois par jour). Et l’atteinte à la vie privée va encore plus loin puisque l’accès aux messages privés est bel et bien réel, et donc le sentiment de sécurité d’expression intime totalement illusoire.

Adolescants isolés écrans réseaux sociaux

Une réalité sociale illusoire pour les plus jeunes qui devient un problème de santé publique

Enfin, la captologie représente également un danger pour les jeunes générations qui sont en permanence confrontées à une réalité sociale alternative via les réseaux sociaux. Ils y voient des images d’amis montrés sous leur meilleur jour et leur vision de la réalité est déformée car c’est leur imaginaire qui prédomine.

Cela peut induire des comportements dépressifs avec un isolement progressif : se crée alors un schéma sans fin, avec un manque de vie sociale réelle et une absence d’activité physique, qui ont un effet protecteur contre la dépression.