Les propositions du Collectif Attention aux candidats

Le Collectif Attention, ce sont 14 associations en France, engagées dans la lutte contre le surexposition aux écrans. Depuis 2018, toutes travaillent à l’élaboration de propositions destinées aux pouvoirs publics.

Notre dépendance croissante aux écrans pose de graves problèmes sanitaires, éducatifs, sociaux, politiques et écologiques. Voici une série de mesures que nous portons pour une réponse collective à la hauteur de ces enjeux.

Pour une véritable politique publique de prévention des risques liés à la surexposition aux écrans.

Un nouveau message: le 5-10-15

  • Pas d’écran avant 5 ans :en cohérence avec le message del’Organisation Mondiale de la Santé,
    invitant au«moins d’écran possible» avant 5 ans.
  • Pas plus d’une heure par jour avant 10 ans.
  • Pas de smartphone avant 15 ans: l’accès seul à internet chez les jeunes les expose inexorablement à des contenus inappropriés.

Les 4 pas[1]:pas d’écran dans la chambre, lematin, pendant le repas et avant de dormir.

[1] Sabine Duflo

Pour des livres et des cahiers à la place des écrans à l’école

Dans le détail:

  • Aucun écran présent au sein des crèches, des écoles maternelles et des écoles primaires.
  • Aucun écran en dehors de l’enseignement de l’informatique au collège.
  • Fin du principe de remplacement des cahiers et des livres par des tablettes numériques.
  • Les écrans utilisés dans le cadre scolaire doivent rester dans les établissements.
  • Tablettes: exposer leur nocivité et protéger les enfants de moins de 3 ans
  • Pour un espace public préservé des écrans publicitaires animés

Pour un droit à la non-connexion administrative

Chaque service public doit faire l’objet d’une garantie de maintien d’un accès partagé,en dehors du
numérique. Sans cela, nous continuerons d’assister à l’exclusion pure et simple de territoires et de
populations,toujours sans le moindre consensus démocratique.
Il faut rappeler une réalité simple: personne ne doit être forcé de passer par des services numériques
pour les démarches relevant du service public. En poussant la logique de numérisation et
d’économies de personnel, l’État impose de plus en plus une utilisation en ligne des services tout en
rendant l’alternative « classique » de plus en plus complexe. Déclarer ses impôts, bénéficier d’une
couverture santé, acheter un billet de train, envoyer un courrier,etc., est devenu un véritable chemin
de croix pour toutes les personnes non équipées d’un smartphone ou d’un ordinateur.

Pour un droit à la déconnexion desfamilles et des enseignants

La distribution massive de terminaux numériques s’est doublée d’un nouveau moyen de
communication entre familles et établissements scolaires: les«espaces numériques de travail (ENT)
». Familles et enseignants devraient pouvoir choisir librement d’accepter ou de refuserl’usage de ces
espaces numériques, ou des écrans comme moyens d’apprentissage.
Là encore, la solution est apparue comme miraculeuse : immédiateté des échanges, stockage des
informations, économie de papier… Tandis qu’au quotidien, enseignants, chefs d’établissements,
parents et élèves croulent sous les mails, sommés d’être connectés en permanence créant un stress
supplémentaire.

Instituer un droit à la protection de l’ attention

Il faut instituer un «droit à la protection de l’attention»à l’heure de sa captation organisée pour des
objectifs mercantiles. Ce droit serait fondé sur le principe de reconnaissance de l’attention comme un
bien commun à défendre, comme l’eau ou l’air. Il servirait de base à une série de mesures pratiques
destinées à la protéger: information et reprise en main des interfaces par les utilisateurs, interdiction
du design trompeur, protection des plus vulnérables, interopérabilité des services,etc.
Du côté des utilisateurs, on pourrait s’inspirer des principes du RGPD pour reconnaitre un nouveau
droit subjectif à leur bénéfice : les individus pourraient visualiser leur contribution aux services
numériques (mise en place d’une signalétique ad hoc,accès aux outils de mesure et d’engagement).
Ces outils leur permettraient non seulement de savoir comment leur attention est utilisée et ce qui en
est extrait (données et temps, revenus associés), mais surtout d’en reprendre le contrôle (accès au
paramétrage des services numériques, interopérabilité entre les services). Parmi lesutilisateurs, les plus vulnérables feraient l’objet de mesures dédiées pour empêcher la captation de leur attention à des fins marchandes ou de contrôle (jeunes mineurs et travailleurs sur les plateformes, par exemple). Par ailleurs, les opérateurs seraient également responsabilisés sur ces questions avec l’obligation de fournir immédiatement des informations sur la finalité de la captation attentionnelle (quelles sont les
données traitées et à qui elles sont destinées), la mise en place d’une instance de surveillance de ces
pratiques (création de postes de délégués à la protection de l’attention,en référence aux délégués à la
protection des données), la généralisation de « l’audit by design » et l’application de sanctions
proportionnées en cas de manquements.

Pour un débat démocratique sur le numérique éducatif

Le nouveau gouvernement devrait organiser un débat sur la place du numérique dans l’éducation. Il
est recommandé d’y associer la société civile, avec des associations et d’éviter le piège des parties
prenantes travaillant au service de l’industrie numérique.
L’arrivée massive des outils numériques dans tousles champs de l’existence s’est toujours faite sans le
moindre débat, sans la moindre concertation, qu’on songe aux compteurs Linky ou à la 5G.
Pourtant, il s’agit,en matière d’éducation, d’une évolution décisive aux conséquences extrêmement
importantes dans la vie des citoyens, qui devraient pouvoir être informés et s’exprimer librement sur
le sujet avant de les voir s’imposer dans les mains de leurs enfants.