Enfants et écrans : quelle relation?

De plus en plus nombreux sont les parents qui se questionnent sur l’exposition aux écrans pour leurs chérubins : à partir de quel âge, combien de temps d’écrans selon l’âge, quel contenu, etc. ? En effet, les dangers d’une surexposition aux écrans sont bien réels, en particulier pour le développement des plus jeunes. Leurs conséquences sont aussi à prendre au sérieux chez les adolescents, bien que relevant d’une autre problématique. Depuis plusieurs années, l’Académie Américaine de Pédiatrie (AAP) publie des préconisations quant à l’utilisation des écrans par les enfants et adolescents, actualisées régulièrement selon l’avancée de la recherche. Le chercheur français en neurosciences Michel Desmurget (INSERM de Lyon) tire également la sonnette d’alarme.

Que dit la science?

Avant l’âge de 3 ans, les tout-petits ont besoin d’explorations manuelles et d’interactions sociales humaines avec des adultes de confiance pour acquérir les compétences cognitives, le langage, la motricité et pour le comportement socio-émotionnel. Par le biais d’écrans, l’apport de ces compétences est de qualité moindre si l’on compare à un apprentissage via une interaction sociale humaine réelle : le parent ou l’adulte de confiance. En clair, apprendre par le biais d’un écran avant 3 ans est possible si et seulement si le parent est présent aux côtés de l’enfant pour reformuler ce qu’il s’y passe. Il faut donc un adulte engagé en plus de l’écran, sinon les nouveaux acquis (par exemple) sont difficilement transférables dans le monde tridimensionnel.

Les bénéfices d’apprentissage par les écrans de moins pour les 3 ans sont donc très limités. L’interaction avec un adulte est cruciale, or elle est très souvent rompue par l’usage des écrans. Le neuroscientifique Michel Desmurget (chercheur à l’INSERM de Lyon)  préconise même de ne pas utiliser d’écrans avant 6-7 ans! En effet, aucune preuve scientifique suffisante ne permet d’affirmer les effets bénéfiques avant cet âge, et au contraire, plusieurs études mènent à la conclusion inverse.

Pas de programmes vraiment éducatifs pour cet âge

La plupart des applications dites « éducatives » ont un faible potentiel éducatif, et ciblent des compétences trop académiques (alphabet, couleurs, etc.). Elles sont établies sans la présence de professionnels spécialistes du développement et ne sont d’ailleurs pas pensées pour une utilisation de l’enfant avec ses parents. L’AAP souligne qu’ « il est important de rappeler aux parents que pour enseigner les habiletés de raisonnement élevées et les fonctions exécutives essentielles pour la réussite scolaire, comme la persévérance, le contrôle inhibiteur, la régulation des émotions, la flexibilité de la créativité, il n’y a pas mieux que les jeux sociaux et non-structurés (donc non digitaux) et que des interactions parents-enfants sensibles et ajustés ». 

En résumé, l’apprentissage de l’enfant est nettement supérieur s’il se fait par une interaction sociale hors-écrans.

Quel temps d‘écran selon l’âge?

Si jadis  l’écran ultime était seulement celui de la télévision, avec lequel la jeune génération de parents a grandi et a pu éventuellement brancher sa Playstation de l’époque, cela fait seulement une dizaine d’années que les écrans envahissent nos foyers sous toutes ses aspects : tablette, smartphone, télévision, ordinateur, nintendo switch, etc. Désormais démocratisé sous des formes et de plus en plus nomades, on le voit aussi envahir les sorties familiales, les dîners entre amis, les sorties au musée, etc. et avec des utilisateurs de plus en plus jeunes. Cette « nouvelle génération écrans » n’a que peu de recul sur les effets qu’ils ont sur les plus jeunes, alors quelles sont les recommandations selon l’âge?

Le moins c’est le mieux !

En règle générale, l’usage le plus raisonnable des écrans est celui qui est le moins fréquent possible, bien entendu. Les moments choisis dans la journée vont également être importants (nous y reviendrons un peu plus bas). Les écrans sont chronophages, c’est-à-dire qu’ils « mangent » le temps. Bien souvent, nous ne nous apercevons pas du temps que nous leur accordons, c’est pourquoi l’usage récréatif des écrans est souvent excessif. Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux passent quasiment 3h devant les écrans par jour. De 8 à 12 ans, ils cumulent environ 4h45 par jour, et entre 13 et 18 ans, ils atteignent presque les 6h45. On est très loin des recommandations dites « sans danger » pour ces jeunes cerveaux encore en train de se former (jusqu’à 21 ans à peu près). Contrairement à des idées reçues, la profusion des écrans et leur utilisation précoce est loin d’améliorer leurs aptitudes, c’est même plutôt le contraire.

Avant 6 ans, pas besoin d’écrans

Pour bien se développer, un enfant de moins de 6 ans a besoin de parler avec son entourage, de lire, de s’ennuyer, de jouer, de construire, de sauter, de chanter, de dessiner, etc. Son cerveau va se construire grâce à ces activités bien mieux qu’avec l’utilisation d’un écran, même dans une démarche éducative. De plus, à cet âge, on peut vite basculer dans une addiction avec l’usage récréatif des écrans : l’enfant n’est pas assez mature pour comprendre la « limite » de l’écran dans le temps. Qui n’a pas vécu une crise de la part de son enfant à cet âge lorsque l’on éteint son programme?  Enfin, l’absence des écrans à cet âge ne sera pas pénalisant pour l’apprentissage de leur utilisation à l’avenir. Michel Desmurget précise dans son ouvrage « la Fabrique du crétin digital » que « l’enfant ne deviendra pas un handicapé du digital parce qu’il n’a pas été exposé aux écrans durant les six premières années de sa vie. Bien au contraire. »

Quel temps d’écrans à partir de 6 ans?

Au risque de choquer certains parents, la durée recommandée du temps d’écrans de 6 à 12 ans est… attention, roulement de tambour… : 30 minutes à 1h par jour maximum, tous écrans confondus! À ce rythme modeste et avec un contenu adapté, les écrans n’ont pas d’effets néfastes. À partir de 30 minutes et jusqu’à 1h, on commence à détecter des préjudices légers mais pas suffisamment importants pour estimer que cela représente un danger. Le temps pourrait changer graduellement selon l’âge dans cette tranche, en partant de 30 minutes à 6 ans en basculant tranquillement vers 1h à 12 ans. On est bien loin de la réalité du temps avoisinant les 4h45! Au delà de 13 ans, maintenir moins de 2h par jour jusqu’à la majorité semble être la bonne limite, en étant progressif également avec l’évolution de l’âge.

Récapitulatif du temps d‘écrans recommandé selon l’âge

ÂgeAvant 6 ansDe 6 à 12 ansDe 13 à 18 ans
Temps d’écrans recommandépas d’écrans30 min à 1h progressivement 1h à 2h progressivement

Pourquoi un temps d’écrans aussi modeste?

Outre les effets sur le développement mis mal chez les plus petits, le plus inquiétant réside dans la perte d’empathie que la surexposition aux écrans peut engendrer chez les enfants. Comme nous l’avons dit plus haut, le cerveau se construit jusqu’à l’âge de 21 ans, et notamment le système système de récompense du cerveau (le système de dopamine), qui n’est mature qu’à cet âge tardif. Un usage excessif des écrans perturbe prématurément le système de dopamine et de ce fait, inhibe celui de la réflexion et de l’empathie. Une société étant basée sur l’empathie, on peut se poser la question de ce à quoi ressemblera celle de demain si l’on maintient un usage abusif des écrans.

Les écrans et leur contenu : quels impacts?

L’importance de la présence des parents

les enfants et les écrans

Chez les plus jeunes,  surtout chez les touts-petits qui seraient exposés aux écrans, il faut préciser que cela ne doit pas se faire sans la présence d’un adulte. L’adulte va pouvoir reformuler ce que voit  l’enfant sur l’écran pour le plus de cohérence possible, et parce qu’il n’est pas toujours capable d’interpréter le contenu de la bonne manière : soit il va limiter à l’écran ce qu’il apprend (une couleur ou un animal), soit il prendra la fiction pour la réalité car il ne sait pas faire la différence. S’en suivent alors les cauchemars à répétition et la violence observée dans les cours de récréation lorsque le contenu est inadapté.

Les effets d’un contenu inadapté sur le développement socio-émotionnel

Normalisation de la violence dans les jeux vidéos, hyper-sexualisation des contenus pour les ados ou encore idéalisation de la réalité par le biais des médias sociaux sont autant de travers véhiculés par les écrans. Ces contenus vont avoir un impact fort sur le comportement social et les attitudes émotionnelles des jeunes générations : violence verbale, violence physique, rapport entre sexes opposés, volonté d’atteindre un « idéal physique » aussi bien chez les filles que chez les garçons, etc. Leur réalité se forge sur ce qu’ils perçoivent sur les écrans, or quand cette réalité est néfaste ou faussée, cela peut avoir des conséquences dramatiques, comme notamment des comportements à risques : suicides, anorexie (surtout chez les jeunes filles), dépression, aggressivité ou violence.

Quel est donc le bon usage des écrans pour les enfants?

Moins d‘écran c’est plus de vie !

À la suite de la lecture de tous ces effets « indésirables » et inquiétants produits par les écrans, beaucoup se retrouvent certainement un peu brusqués voire culpabilisés par l’usage qu’ils en ont ou qu’ils permettent à leurs enfants : ce n’est pas le but. L’objectif est ici de prendre conscience de ces effets et d’adapter au mieux, selon sa volonté et ses possibilités, sa consommation d’écrans, car ils font partie de notre quotidien. Il faut aussi placer un curseur selon le tempérament de son enfant : est-il facilement attiré par les écrans? si oui, fait-il néanmoins facilement d’autres activités? a-t-il des difficultés à se concentrer à l’école? a-t-il un sommeil suffisant? Les écrans créent-ils des conflits au sein de la famille? Selon les réponses à ces questions, maintenir le rythme, ralentir ou consoler : les parents sont les mieux placés pour juger de leur situation et faire appel à la raison. Il est important de savoir utiliser son temps libre à autre chose que les écrans.

L’accès au smartphone

Autrefois technologie de prestige, le smartphone est désormais complètement démocratisé et attire dès le plus jeune âge : il n’est pas rare de voir des enfants (même très jeunes) jouer dessus lorsque les parents sont au restaurant ou dans la salle d’attente du médecin. À la fin de l’école primaire (si ce n’est plus tôt), certains enfants acquièrent un smartphone, pour l’entrée au collège notamment : c’est un outil rassurant pour les parents voyant leur enfant de plus en plus indépendant. Mais attention, les fabriquant de smartphones eux-même, dirigeants des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Microsoft), refusent que leurs propres enfants aient un smartphone avant l’âge de 15 ans. La plupart va même jusqu’à les scolariser dans des établissements qui n’utilisent pas d’écrans dans l’apprentissage (École Steiner Waldorf), jusqu’à l’âge de 21 ans (âge mature du cerveau). Le smartphone à l’entrée au lycée semble donc plus raisonnable. Là encore, il est important de mettre des règles d’usage pour encadrer au mieux son enfant/adolescent.

les ados et le smartphone

Voir notre page « Les écrans et ados »

Les 5 règles d’or pour une bonne hygiène digitale

  • Pas d’écrans dans la chambre : la chambre est un lieu de repos propice au sommeil que l’écran viendrait perturber.
  • Pas d’écrans le matin avant d’aller à l’école : pour permettre une concentration maximale à l’école.
  • Attention aux contenus inadaptés : respecter au minimum les indications « PEGI » et bannir le reste.
  • Pas d’écrans pendant les repas : le repas est un des rares moments d’échanges en famille, il faut le préserver.
  • Pas d’écrans le soir avant de dormir : éteindre les écrans environ 1h30 avant le coucher pour un sommeil plus important et de meilleur qualité.

Sources :

« La fabrique du crétin digital », Michel Desmurget, chercheur en neurosciences à l’INSERM de Lyon, 2019.

« Media use by kids age zero to eight », The common sense census, 2017.

« Children and adolescents and digital media », American Academy of Pediatrics (AAP), 2016.

« Metaanalysis of the relationship between violent video game play and physical aggression over time », Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA, 2004.

« La fabrique du crétin digital »,, National Institute of Mental Health, 1972.

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